12 YEARS A SLAVE : le film choc !

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Je tiens à préciser qu’au départ, je ne comptais pas écrire sur ce film car il a déjà été très bien accueilli par les critiques et je ne voyais pas ce que ce que je pourrais ajouter sans tomber dans la redondance et sans ennuyer les gens…

Et puis deux faits se sont déroulés qui m’ont amené à voir ce film, en tout cas une courte partie de ce film, sous un regard différent, et c’est de cela que je souhaite parler dans cet article.

Mais d’abord…

De quoi parle ce film? SYNOPSIS !

Pour commencer, il s’agit d’une histoire vraie. 

En 1841, à New York, Solomon Northup, un homme NOIR, LIBRE et respecté de tous, est enlevé et vendu comme esclave. C’est le début d’une vraie descente aux enfers. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. 12 ans plus tard, il rencontre un abolitionniste canadien qui l’aidera à recouvrer sa liberté…

Voici la bande d’annonce :

 Pourquoi voulais-je absolument voir ce film ?

Dès que j’ai vu la bande d’annonce, j’ai eu envie de le voir. C’était important pour plusieurs raisons :

1- L’histoire de Solomon Northup m’a touchée

J’aurais eu autant envie de regarder ce film même si j’avais été blanche ou même si l’histoire traitait d’un homme blanc enlevé à ses proches et vendu comme esclave ailleurs (comme par exemple dans « Gladiator »). En effet, il s’agit avant tout d’un Homme avec grand H, à qui on enlève son droit le plus fondamental : la liberté. Pour moi qui suis une farouche indépendante, qui ai un besoin viscéral de franchise, de m’exprimer sur tous les sujets, de soutenir ou contredire selon mes principes, comment aurais-je réagi à la place de Solomon? Je pense que j’aurais préféré dire adieu à la vie que d’être traitée comme un animal, que dis-je, moins qu’un chien.

Bien évidemment, le fait que je sois noire m’a sans doute permis de m’identifier immédiatement à Solomon, à sa famille et à tous les esclaves du film. Même si moi ou mes parents et grans-parents n’avons pas connu la période de l’esclavage, même si je ne suis pas descendante d’esclave, cela ne m’empêche pas d’éprouver de l’empathie envers tous les esclaves (quelque soit leur couleur), et d’être révoltée lorsque je vois ou parle de ce crime contre l’humanité !

2- La brochette de stars afro-américaines

Chiwetel Ejiofor ( dans le rôle de Solomon Northup), Lupita Nyong'o (dans le rôle de Patsey) et Steve McQueen (réalisateur du film)

Chiwetel Ejiofor (dans le rôle de Solomon Northup), Lupita Nyong’o (dans le rôle de Patsey) et Steve McQueen (réalisateur du film)

Ce qui a encore ajouté de l’intérêt à ce film, ce sont les acteurs qui ont joué les rôles principaux. Ils ne sont pas justes noirs, ils ont des vrais traits d’africains, les cheveux crépus, et ils ont des noms d’africains ! Encore un point qui m’a permis de m’identifier davantage. Et pour couronner le tout, le réalisateur lui-même est noir.

Loin de moi l’idée de faire du « communautarisme ». C’est jusqu’en temps que noire, il est important pour moi de me sentir représentée, de pouvoir m’identifier à des noirs comme moi par ce genre de film… Malheureusement, je trouve que l’image des noirs qui est le plus souvent diffusée est négative. Alors c’est bon, cela fait du bien de voir ce genre de réalisations positives, de genre de travail sur l’histoire, réalisés par des noirs eux-mêmes en tout cas dans les points clés.

3- Par militantisme

J’aurais pu télécharger ce film dès sa sortie aux USA pour le regarder chez moi. Pourtant, j’ai tenu à aller le voir au cinéma car c’était ma manière de soutenir la production et la diffusion d’oeuvres cinématographique en lien avec des noirs. Déjà parce que je trouve que très peu de films réalisés par des noirs ou traitant de sujets comme l’esclavage, le racisme sont diffusés en France. Ou lorsque c’est le cas, ils ne sont pas diffusés dans tous les cinémas, exemple « Africa Paradis ».

J’espère ainsi que les 7,5 euros que m’a coûté mon ticket de cinéma ajoutés à ceux des autres spectateurs encourageront le financement d’autres films de ce genre.

Ce que j’ai le plus / moins apprécié…

En général, j’aime qu’on m’annonce la « mauvaise » nouvelle avant la « bonne », c’est psychologique. Je vais donc faire pareil ici…

Les moins…

Il y’a eu une scène, dans un bateau où un négrier blanc descend dans la cave des esclaves pour abuser d’une esclave… je trouve qu’il y’a eu une musique de suspens qui détonnait et n’était pas à la hauteur du sérieux du film…

Puis dans deux scènes, on nous montre les esclaves, TOUS NUS prendre une douche dehors… j’ai ressenti comme un malaise et les deux amies qui m’accompagnaient l’ont aussi ressenti. Néanmoins, je suppose que ce choix de réalisation a été fait toujours dans l’objectif de marquer les consciences en affichant la réalité des humiliations qu’ont subi les esclaves et pour rester fidèle aux faits réels.

Enfin, bien que l’histoire vraie en elle-même de Solomon et de tous les esclaves est marquante, malgré les 3 raisons citées plus haut qui m’ont poussé à regarder ce film jusqu’à la fin et malgré les « points forts » que je vais donner ci-après, je dois avouer qu’il m’a manqué ce petit quelque chose qui fait que je suis conquise par un film. A un moment même, j’ai »failli » m’ennuyer, à cause d’une impression de déjà vu. Mais j’ai pensé à tous ces films qu’on nous rabâche sur la 2ème guerre mondiale, et je me suis dit que je me dois de soutenir ce devoir de mémoire envers les esclaves noirs. Mais je ne saurais l’expliquer mais quelque chose n’a pas accroché. En somme, je suis un peu resté sur ma faim.

Les plus…

Ce film dégage vraiment beaucoup d’émotions. Pour vous dire, j’ai passé la moitié du film à pleurer. Non mais vraiment les esclaves ont souffert, ils sont de vrais martyrs!!!

Chiwetel et Lupita sont époustouflants et se sont vraiment investis dans leurs personnages.

Bien qu’il y’ait eu plusieurs scènes marquantes (Par exemple : celle où Patsey implore Solomon de mettre fin à sa vie de martyr, Celle où Patsey se fait fouetté jusqu’à la chair, Celle où Solomon reste ligoté et pendu toute une journée tandis que les autres esclaves apeurés feignent de ne rien voir…), j’ai choisi de retenir une scène bien moins violente mais qui a tellement de sens aujourd’hui…

Il faut se taire

Il faut se taire

Il s’agit de la scène entre Solomon et une  autre esclave qui n’arrête pas de pleurer. Son histoire à elle est tout aussi tragique car on l’a séparé de ses deux enfants… Rien que de penser à elle, j’ai les larmes aux yeux. Elle pleure lorsqu’on l’amène chez son nouveau propriétaire sans ses enfants, elle pleure quand ils font la messe, elle pleure même quand elle est en repos.

Si au début, on ressent de l’empathie envers elle, à la fin ses pleurs agacent tout le monde, de la maitresse blanche à Solomon lui-même. C’est vrai quoi! Tous les esclaves ont été arrachés à leur famille, sont maltraités et ont des raisons de pleurer comme elle mais ils ne le font pas. Pourtant ils la ferment et survivent, avec l’espoir de jours meilleurs. Pourquoi elle nous fait ch***?

J’ai trouvé beaucoup de similitude entre l’image que tout le monde avait de cette pleureuse, et l’image que les noirs ont aujourd’hui. En effet, cette femme noire a été séparée d’un « maitre » bienveillant, elle s’est laissée abusé par les négriers en espérant gagner leur faveur mais pour finir, elle a été séparée de ses enfants. En somme, on lui a tout enlevé, sa liberté, sa dignité, et la chair de sa chair. Il ne lui restait plus qu’à  pleurer de tout son soul. Mais là encore, on souhaite lui enlever ce droit de pleurer…

Comme elle, à qui on a tout enlevé jusqu’au droit de pleurer sur son sort, je trouve que nous noirs d’aujourd’hui, nous voyons trop souvent enlevé le droit de « pleurer » sur notre sort, le droit de faire référence à ce passé douloureux lorsque nous jugeons utile de le faire. Bien souvent, on met nos complaintes sur le dos de la victimisation. Mais qui sommes-nous pour juger qu’il ou elle a assez pleuré? Qu’il ou elle s’est assez plaint?

Y’aurait-il un indicateur du degré de douleur qui permette de déterminer si un noir ou un juif, un somalien ou un syrien a le droit d’avoir mal, d’être révolté? Yaurait-il un délai de prescription qui dirait qu’au delà de 2 siècles, on ne peut plus avoir mal, c’est fini?

Prrrriiiiiiiiittt! Le temps d'en parler es écoulé!

Prrrriiiiiiiiittt! Le temps de parler de l’esclavage est écoulé!

Bien sûr que non! Et toutes les atrocités montrées dans ce film et subies par les esclaves sont une raison de ne jamais se taire, de parler et ressasser ces crimes pour que jamais cela ne se répète, pour que le racisme soit enrayé, et ce, SANS CRAINDRE D’ÊTRE TAXÉ DE NOIR QUI CHERCHE A SE VICTIMISER.

Un film coup de fouet?

Je vous parlais au début de cet article, des deux faits qui m’ont motivé à écrire sur ce film.

En premier lieu, c’est fait d’avoir vu le film et toute cette injustice, ces crimes. J’ai  vraiment ressenti le devoir et le besoin d’en parler.

En second lieu, il s’agit de la polémique qui a éclaté autour de la Une du journal quotidien « 20minutes ».

La polémique sur la Une de 20minutes

« 20minutes » est un journal quotidien distribué gratuitement dans le métro chaque matin. Le jour de la sortie du film « 12 years a slave » en France (c’est-à-dire le mercredi 22 janvier 2014), ce journal en a fait sa Une. Le gros titre était : « UN FILM COUP DE FOUET ».

Une du journal 20minutes du 22 janvier 2014
Une du journal 20minutes du 22 janvier 2014

Ce titre en a choqué plus d’un qui ont trouvé que faire une analogie avec les coups de fouet assénés aux esclaves dans le film était de très mauvais goût et irrespectueux envers leur mémoire et leurs descendants, et que 20minutes n’avait pas pris la mesure du sujet sérieux qu’est l’esclavage. Certes, l’article qu’avait publié 20minutes sur le film était élogieux mais le titre détonnait et créait un sérieux malaise.

Ma première réaction face à cette polémique a été de défendre le journal 20minutes car pour moi, il est évident que le titre n’était pas dit dans le but de manquer de respect.

En effet, si le terme « coups de fouet » renvoie à une punition très sévère des siècles passés, pour moi, il faut comprendre ici la locution « coup de fouet » qui elle, est utilisée de manière positive, dans le sens de stimuler, d’apporter de l’énergie, du peps, du remous, quelque chose qui déraille, qui réveille, qui claque! Ce n’est pas dit dans le but de faire rire ou de se moquer mais bien pour lancer le message suivant : ce film va vous marquer, vous réveiller, vous heurter, vous en sortirez différent.

Seulement voilà, même si l’expression « coup de fouet » prend tout son sens ici tant elle correspond en tout point au contenu du film et à ce qu’il dégage, il faut reconnaitre ou du moins accepter que beaucoup de personnes se sentent révoltées parce qu’elles l’auront interprété différemment.

De plus, avec l’actualité autour de l’humoriste Dieudonné, la communauté noire ressent une inégalité de traitement que je partage à juste titre. En effet, sans vouloir en rajouter, s’il avait s’agit d’un film sur les juifs, je doute que 20minutes aurait osé publier ce titre, de peur d’une méprise.

Pourquoi donc quand il s’agit des noirs, les gens se sentent plus libres de s’exprimer avec des mots « sensibles » qui pourraient heurter ?

Et de là en découle ma seconde interrogation, avons-nous plus de légitimité à faire de l’humour sur l’esclavage parce qu’on est noir?

Par exemple, dans la video ci-dessous, l’humoriste noir Donel Jack’sman fait des blagues sur 12 years a slave et les noirs en général : vous parlez d’un vrai malaise !

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