DEVINE QUI VIENT DINER : un vieux film en avance sur son temps !

DEVINE QUI VIENT DÎNER…

John (Sidney Poitier) et Joey (Katharine Houghton)

John (Sidney Poitier) et Joey (Katharine Houghton)

 

« Devine qui vient dîner » (Guess who’s coming to dinner) est un magnifique film américain de Stanley Kramer, sorti en 1967.

Je l’ai découvert un soir de printemps 2013, alors que mourant d’ennui, je zapais les chaînes de télévision.

A ce moment-là, j’avais déjà entendu parler d’un acteur noir américain nommé Sydney Poitier mais je n’avais jamais eu l’occasion de voir un de ses films. C’est avec une très belle surprise que je l’ai vu interpréter le rôle d’homme noir moderne, conscient, fier d’être noir sans pour autant être victime, martyr ou vengeur de la cause des noirs.

Ce film et ses acteurs ont reçu de nombreuses autres récompenses (près de 8 Oscars, près de 7 Golden Globes etc…)

Je vous laisse découvrir la bande d’annonce :

Bande d’annonce du film « Devine qui vient dîner… »

En voici le synopsis

Nous sommes à San Francisco, dans les années 1960.

Joey Drayton, une jeune femme blanche 23 ans, rentre à l’improviste chez ses parents après 10 jours de vacances à Hawaï car elle y a rencontré un homme qu’elle a l’intention d’épouser et veut absolument le présenter à ses parents, Christina et Matthew.

Son tout nouveau fiancé est un brillant médecin et professeur de médecine de 37 ans, sous-directeur de l’Organisation mondiale de la santé et candidat au prix Nobel. Il se nomme John Prentice (Sidney Poitier) et il est noir.

Les parents de Joey sont choqués. Pourtant, ils ont toujours eu des convictions libérales très affirmées et ont élevé leur fille dans le refus du racisme mais ils ne s’étaient jamais préparé à faire face à une telle situation.

Contrairement à sa jeune et naïve fiancée, John craint la réaction de ses futurs beaux-parents, car il est noir et elle blanche, différence particulièrement problématique à l’époque où une telle union serait illégale dans plusieurs états.

John fait alors savoir aux parents de Joey qu’il renoncera au mariage s’il n’obtient pas leur consentement sans réserve. La situation devient alors plus tendue car leur délai est très court (une seule journée).

Et cette tension s’accroît avec l’arrivée de M. et Mme Prentice, les parents de John, lui facteur et elle femme au foyer, des noirs, pauvres, qui se sont toujours battus pour la réussite de leur enfant, et qui, ne savant rien de Joey, sont eux-aussi totalement interloqués par ce projet de mariage inattendu.

Ce que j’ai apprécié 

1- Sidney Poitier : une fierté pour les noirs

Sidney Poitier est un acteur et réalisateur américano-bahaméen, né en 1927 à Miami (Floride).

Sidney Poitier avec une statuette des Oscars

Sidney Poitier avec une statuette des Oscars

Comme je vous l’ai dit, le personnage qu’il jouait dans ce film m’avait déjà conquise. Alors imaginez donc ma joie mêlée de fierté lorsqu’en consultant sa biographie (wikipedia + autres sites), j’ai appris que :

– il a été le 1er acteur noir à remporter un oscar. C’était le 13 avril 1964 pour le film « Le Lys des champs » ;

– il a été un militant du mouvement des droits civiques aux États-Unis, mouvement qui a principalement agit dans la lutte des Noirs américains pour l’obtention du droit de vote et pour mettre un terme à la ségrégation raciale, en particulier dans les États du Sud des USA;

– il a été fait chevalier-commandeur de l’ordre de l’Empire britannique (KBE) en 1974;

– il a été ambassadeur des Bahamas au Japon et est ambassadeur des Bahamas auprès de l’UNESCO;

– il fait partie des 16 personnalités ayant reçu en août 2009, des mains du président US Barack Obama, la médaille de la Liberté, la plus haute distinction civile américaine;

– il a joué au cours de sa carrière dans une cinquantaine de films et en a réalisé une dizaine.

2- Le scénario : une intrigue et une approche très moderne pour l’époque

Ce film a été tourné en 1967 et pourtant, je trouve qu’il traite de sujets très actuels  comme par exemple :

– Tillie, la vielle servante noire de la famille Drayton qui adopte l’attitude la plus antipathique envers le jeune John, pourtant noir comme elle. J’ai souvent eu l’impression que certains noirs, dès qu’ils se sentent « bien intégrés, acceptés, établis » parmi les blancs, se montrent plus durs, plus exigeants, plus méchants envers leurs propres frères noirs que les blancs eux-mêmes. Ce comportement a été d’ailleurs exacerbé dans le film « Django » de Tarantino, où le vieux majordome noir, travaillant pour une famille de négrier, s’était montré plus cruel et haineux envers les autres esclaves.

– Autre actualité traitée dans ce film : je trouve qu’il y’a un beau parallèle à faire entre la réaction des parents blancs d’avant, qui se pensent ouverts et contre le racisme, avec les parents hétéro-sexuels d’aujourd’hui, qui se pensent ouverts et contre l’homophobie. Dans les deux cas, ils savent se montrer tolérants envers les autres, du moment qu’ils ne font pas partie de leur famille proche… mais très peu étaient dans le passé, prêts à laisser leur propre progéniture épouser une personne noire, tout comme très peu sont de nos jours, prêts à accepter l’homosexualité de leurs enfants.

Et il y’a encore de nombreux autres sujets qui y sont évoqués dans ce film comme la place des enfants métisses dans la société… Je dirais même que ce scénario est quasi-prémonitoire puisqu’il évoque (non sans humour) la possibilité d’avoir un homme noir à la maison blanche !

3- Le ton du film

Jusqu’à présent, la bonne majorité des films traitant de la question du racisme envers les noirs étaient toujours plein d’humiliation, de tristesse et de souffrance. Après avoir regardé ce type de films, j’en ressortais tellement peinée que j’avais la rage!!! j’avais envie de crier « Oh mon Dieu pourquoi la couleur noire de notre peau suscite autant de haine chez les blancs, qu’est-ce qu’on a fait de mal à part naître avec une peau noire !? »

Mais ce film, comme sûrement beaucoup d’autres (je l’espère en tout cas) aborde le sujet sur un ton plutôt drôle! Attention! Je ne dis pas qu’on voit notre frère noir joue un rôle de bouffon! C’est plutôt que les personnages évoquent des sujets qui nous touchent en tant que noir ou blanc, des sujets sensibles, des idées reçues (vraies et fausses)… Mais la manière dont ils sont abordés nous permet de nous identifier aux personnages tout en prenant assez de hauteur pour ne pas se sentir happé par la colère et l’injustice.

4- Le jeu des acteurs

Rien de plus à dire à ce sujet, toutes les récompenses obtenues et citées plus haut parlent d’elles-même. Si je puis ajouter mon ressenti, je dirai juste qu’on sent que les principaux acteurs ont pleinement représenté leurs personnages, chaque émotion aussi petite soit-elle se lit sur leurs visages, rendant ce film encore plus expressif et émouvant.

La scène que j’ai préférée…

Difficile à choisir parmi toutes ces scènes toutes plus vraies et riches en émotions les unes que les autres.

Toutefois, il y’a une scène qui me vient en premier à l’esprit lorsque je pense à ce film. C’est celle du dialogue entre John et son père, M. Prentice. Plus particulièrement la réponse (à la limite de la révolte) de John à son père, lorsque ce dernier essaye par tous les moyens de le dissuader d’épouser une jeune femme blanche. Avec force et détermination, John a dit à son père :

« Tu n’as pas à me dire que je dépasse les bornes, ni qu’il faut que je vive ma vie selon tes principes! Papa, tu es mon père, je suis ton fils, je t’aime. Mais tu pense à toi comme un homme de couleur et moi je pense à moi comme un homme. »

J’ai été touché par ce passage parce que je trouve que trop de jeunes noirs en Europe et en Amérique pensent encore comme des noirs, avec le lourd passé, la lourde rancune de l’esclavage et de l’exploitation des noirs. Et cela les rend aigres, parfois haineux voire même racistes eux-mêmes.

Cette colère des noirs proche du racisme, je l’ai beaucoup plus ressentie chez les noirs vivants dans les pays Européens et Américains que chez les noirs vivants en Afrique. C’est sûrement parce qu’ils ont été les témoins de plus d’injustices que nous, injustices par rapport aux blancs.

En tout cas personnellement, ayant grandi en Afrique jusqu’à 18 ans, je peux témoigner que j’ai eu une magnifique enfance, sans manquer de rien et qu’à aucun moment, sauf dans les films, je n’ai ressenti de racisme. Mes parents ont su m’inculquer les solides valeurs de l’éducation à l’Africaine, notamment le respect des autres et de moi-même. Et je pense que cela m’a permis aujourd’hui de prendre plus de hauteur vis-à-vis de ce mot.

Certes, le racisme me met totalement en colère certes, mais au moins, je sais d’où je viens, la dignité de ma culture, mon socle et cela me donne assez de force pour ne pas me sentir frustrée. Aujourd’hui, beaucoup de nos frères nés ici, notamment dans les banlieues, de parents pauvres, ayant très peu de temps pour les suivre et les éduquer, se sentent perdus et frustrés…

Or il est temps d’avancer, je ne dis pas d’oublier ou de faire comme si rien de toute cette souffrance n’était arrivé. Mais il est temps que nous pensions, que nous nous regardions NOUS et les AUTRES comme des Hommes (sans couleur), en faisant fi de la couleur, et que nous nous réalisions, nous nous accomplissions en tant que tels.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s