Gabon : Si j’avais su, je ne serais pas rentré sitôt mes études terminées

Rester à l’étranger ou Rentrer dans son pays d’origine?

 

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Le choix n’est pas si évident, surtout lorsqu’on s’est enraciné dans le pays d’accueil. Plus le temps passe, plus l’on peut s’éloigner de l’idée de rentrer. Le cours de la vie reprend ailleurs, entre temps, la terre natale évolue.

 

Pour cette fois, nous avons choisi de présenter le point de vue d’une personne qui a grandi au Gabon, fait ses études supérieures en France puis qui est rentrée travailler au Gabon où elle vit aujourd’hui.

 

 

– Genre : Homme

– Nationalité : Gabonaise / Française

– Âge en 2014 : 30 ans

 

 

Pourriez-vous présenter votre parcours de scolaire et professionnel ?

J’ai fais mes études au Gabon jusqu’en classe de seconde. J’ai ensuite émigré en France où j’ai terminé mon lycée et obtenu mon BAC scientifique.

Après le BAC, toujours en France, j’ai entamé des études de chimie à l’université qui se sont conclues par l’obtention de mon master en gestion des déchets (à l’université de Pau). Toutefois, ma 3ème année de faculté, je l’ai réalisé en Angleterre dans le cadre du programme d’échange d’étudiants Erasmus.

 

Pourquoi avoir choisi la chimie?

Etait-ce un projet depuis l’enfance ?



Non pas du tout ! Petit, je rêvais de devenir pilote ou policier ! Au lycée j’ai abandonné le rêve de devenir pilote car je suis bègue donc éliminé d’office ! Quant au métier de policier, j’y ai renoncé pendant ma 1ère année à la fac, lorsque j’ai compris que j’étais déjà trop qualifié pour le poste qui n’exigeait pas plus du niveau collège / lycée.

D’un autre côté, j’ai toujours aimé faire des expériences, comprendre comment les éléments se combinent depuis l’état moléculaire et atomique. De plus, la chimie est l’une des matières qui me réussissait le mieux et avec laquelle j’avais le plus d’affinité.

 

Et niveau professionnel, pouvez-vous nous présenter votre parcours?


Au cours de mes études, j’ai effectué effectué des stages au Gabon, au sein de la filiale d’un grand groupe pétrolier. A la fin de mes études, cette société m’a fait une proposition d’embauche intéressante. Comme j’avais déjà travaillé avec eux en stage, je me disais qu’en tant qu’ingénieur, je serais mieux payé. J’ai alors choisi de rentrer au Gabon.

Finalement sur place, je me suis vu enchainer près de cinq stages de courtes durée avant d’être enfin embauché comme ingénieur au sein du département de l’environnement, même s’il ne s’agissait que d’un CDD de 3 mois.

En environnement, je devais m’assurer que les activités du groupe n’avaient pas trop d’impacts négatifs sur l’environnement et sur la santé du personnel. Je passais donc beaucoup de temps sur les sites en mer et sur terre.

A la fin de ce contrat, et après une brève période de chômage, la même société m’a embauché en tant qu’ingénieur cette fois au sein du département Maintenance, sous un CDD d’un an.

A la maintenance, je devais m’assurer que les installations de la société gardaient leur intégrité durant leur temps de vie si on peut parler ainsi, m’assurer qu’il n’y aurait pas de risque de fuite ou perte d’intégrité suivant le type d’opérations









 réalisées.

Je faisais également des meeting sécurités pour rappeler les règles, notamment en cas d’utilisation de nouveaux produits chimiques.

En terme d’heure de travail le sujet est un peu tabou ! Il y a des heures fixes mais sur un site, il pouvait y avoir beaucoup d’urgence




. En termes de salaires, pour un ingénieur débutant, la fourchette se situe entre 3.000 euros (2 millions Francs Cfa) et 4.500 euros (3 millions de Francs Cfa) mensuels.

Finalement, après ce 2ème CDD, j’ai été « écarté » du poste. J’ai donc poursuivi mes recherches ailleurs et été embauché par une PME locale en tant que responsable de la gestion administrative et financière. Bien sûr, cela ne correspondait pas vraiment à ma formation de base, j’ai du beaucoup apprendre sur le tas. Après quelques mois de travail, je suis à nouveau au chômage, en recherche active d’emploi.

 

Comment expliquez-vous cette instabilité de l’emploi ?



Pour être franc, à la fin de mon 1er CDD, j’ai été remplacé par le neveu du chef. Pour mon 2ème CDD, j’ai été remplacé par une personne qui avait tellement le bras long qu’elle est arrivée directement en CDI alors qu’elle était fraîchement diplômée. C’est d’ailleurs moi qui ai du me charger de sa formation, avant la fin de ma mission.

Je dirais donc juste qu’il n’y a pas d’explication légale et logique là dedans. C’est ainsi que le système fonctionne.

 

Comment viviez-vous le rapport avec ce monde du travail sur place ?

(jalousie de celui venu d’europe ? retards au RDV ? besoin de connaître des gens pour trouver un emploi ?) 

Disons que le rapport peut parfois être tendu, surtout si on veut montrer qu’on est meilleur parce qu’on a de grands diplômes ; ce qui n’est pas forcément le cas car le travail s’apprend plutôt sur le terrain, les études aident mais ne font pas tout. Quant au fameux retard reproché souvent aux africains, il n’est pas vraiment visible dans les entreprises privées, mais plutôt dans l’administration publique.

La jalousie? il y en a, voir trop ! Mais cela ne vient pas forcément des personnes ayant fait toutes leurs études au Gabon. Parfois et même très souvent, cela vient des personnes qui ont étudiées à l’étranger, comme si l’ambiance locale nous infectait tous en quelque sorte.

Et enfin, oui, pour obtenir un emploi au Gabon vous êtes bien obligé de connaître « quelqu’un » ! Sinon vous serez très vite oublié ! Par contre être en CDD ne vous protège pas d’être remercié et remplacé par quelqu’un qui a plus de « pistons ou relations  » que vous
… ce qui m’est arrivé.

 

Aujourd’hui, si on retournait dans le temps et que vous deviez refaire ce retour au pays, que feriez vous?

 Êtes-vous satisfait d’avoir fait le pari de rentrer au gabon?










A vrai dire non ! C’est vrai qu’on a la facilité d’investir, mais si c’était à refaire, jamais je ne serais revenu au pays ! En fait il faut le vivre pour comprendre ma vision des choses. Non pas la partager mais juste la comprendre.

Si je devais donner un conseil sur ce dernier point, ce serait de garder un pied à l’étranger et de ne pas venir en mettant tous ses œufs dans le même panier. Et aussi de se méfier de tout le monde dès le départ. L’hypocrisie est omniprésente, sur ce point, j’aurais du écouter mes parents quant ils m’ont prévenu.

 

Pourriez-vous détailler votre vision des choses, car pour l’instant, cela vous a quand même un peu réussi…?











Comme je disais pour faire des affaires et investir (dans l’immobilier par exemple), rentrer au pays reste un bon plan, surtout quand on a de petits fonds financièrement parlant.

Par contre, pour faire carrière, je ne suis pas sûr que cela marche, à moins bien sûr que vos parents soient déjà dans l’entreprise que vous viser. Or si que j’ai fait de longues études supérieures et que je suis rentré, c’était justement pour faire carrière. Donc je vois toutes ces années d’études comme perdues.

D’un autre côté le social est une notion inconnue au Gabon.
Je m’explique. Après le boulot, il n’y a aucune activité à faire si ce n’est aller dans un bar. Il n’y a pas de parcs, dans la ville où je suis il n’y a pas de cinémas, et de surcroît la vie y est très chère.

Ensuite, il y’a tous les problèmes que connaît l’Afrique en général : coupure d’eau et d’électricité. L’administration publique qui n’avance pas, avec une corruption à tous les niveaux.

Enfin, pour les enfants, il vaut mieux penser à les inscrire dans des écoles privées si vous en avez les moyens et voulez qu’ils aient un niveau scolaire correspondant à leur classe…

 

Quel est votre avis concernant le fait d’envoyer ses enfants faire leurs études à l’étranger ?











 Selon moi, c’est l’idéal. Hormis des cas particuliers, il suffit de faire la comparaison entre un enfant qui apprend au pays et un enfant qui apprend a l’étranger. On voit tout de suite qui est le plus éveillé, le plus dégourdi. De plus, après l’école au pays, votre enfant rentre a la maison pour être devant la télé ou jouer dehors, il n’y a pas d’activités au pays.

Pour les études supérieures, je pense qu’il n’y a rien de mieux que d’étudier dans différents pays car élargie votre vison des choses et vous procure une plus grande ouverture d’esprit.

 

Que diriez-vous aux ressortissants de pays Africains qui après leurs études à l’étranger, préfèrent rester travailler dans leurs pays d’accueil, souvent par peur de ne pas trouver un emploi bien rémunéré en Afrique ?











Je leur dirai qu’ils font le bon choix et je les soutiendrai ! Je ne veux pas paraître pessimiste mais au Gabon (pour ne parler que de ce que je connais), les choses ne changent pas et s’empirent.

Même dans le secteur privé, si on n’a pas un parent ou une connaissance qui peut nous pistonner, il faut être dans une loge (secte) ou s’adonner à des pratiques homosexuelles pour décrocher un poste !

***

N’hésitez pas à poster vos questions en commentaires si vous souhaitez en savoir plus.

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