NIGERIA : Il faut rentrer travailler en Afrique mais pas à n’importe quel prix

Rester à l’étranger ou Rentrer dans son pays d’origine?

Unknown

Pour cette fois, nous avons choisi de présenter le point de vue d’une personne qui a fait ses études en Côte d’Ivoire puis en France et qui travaille aujourd’hui au Nigeria.

– Genre : Homme

– Nationalité : Côte d’ivoire

– Âge en 2014 : 37 ans

Pourriez-vous présenter votre parcours de formation ?

J’ai étudié au Cours Lamartine (établissement scolaire à enseignement français basé Abidjan)  où j’ai obtenu mon baccalauréat Scientifique. Ensuite je suis allé poursuivre mes études supérieures en France, plus précisément à Lille.

Là-bas, j’ai choisi de m’inscrire en classe Prépa Economie. Puis j’ai fait une Licence et une Maitrise de Sciences Economiques option Marchés des Capitaux à l’Université des Sciences et Technologies de Lille 1.

Enfin, après quelques années d’expériences, j’ai choisi de compléter ma formation initiale par un Master Spécialisé en Grande école. J’ai ainsi pour finir, un Master Spécialisé en Analyse Financière Internationale de la Reims Management School.

Pourquoi avoir choisi la filière des Sciences économiques ?

Pour être franc, j’ai choisi cette orientation par hasard. 

Au départ, je m’étais inscrit en pharmacie mais au bout d’un certain temps, je me suis rendu compte que c’etait trop compétitif or j’aime la facilité. (rires).

La filière économie-gestion était l’option la plus facile selon moi.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

J’ai près de 10 années d’expérience.

D’abord plus de 3 ans d’expérience à Abidjan. En effet, à la fin de mon Master 2, je suis rentré en Côte d’Ivoire où j’ai commencé à travailler comme Auditeur Junior dans un Big Four*. Ensuite j’ai été recruté en tant qu’Analyste Credit  chez Ecobank.

Au bout de ces 3 ans d’expérience, j’ai pris une mise en disponibilité* pour compléter ma formation initiale par un Master Spécialisé en Analyse Financière Internationale.

Pour valider ce diplôme, j’ai exercé quelques mois chez Calyon (Banque d’investissement du groupe Crédit Agricole) comme Analyste Crédit.

A la fin de ma formation, j’ai intégré le groupe GDF SUEZ (un des leaders mondial dans le secteur de l’énergie) en tant qu’Analyste de crédit Senior en charge du Trading. J’y suis resté plus de 3 ans.

Enfin, depuis plus de 2 ans, j’ai émigré à Lagos (capitale du Nigeria). J’évolue comme Associate Vice President, Credit Risk Manager et Chargé des risques Environnementaux & Sociaux dans un fonds d’investissement en infrastructures au Nigeria.

En quoi consiste votre métier (missions, horaires, salaires)?

Je travaille sous le Chief Risk Offcier, et fais partie d’une équipe de 4 personnes, il n’y a pas de structure hiérarchique.

En tant qu’AVP Credit Risk Manager, ma principale mission est d’analyser les investissements, identifier les risques liés à ces investissements, restructurer les investissements pour réduire l’exposition aux risques, mener des missions de due diligence, s’assurer que les investissements respectent les normes environnementales et sociales internationales.

Les horaires sont plutôt variables et les conditions de travail dépendent surtout de l’urgence  de la transaction. Il peut arriver d’avoir des réunions le weekend ou de travailler tard le soir.

Le salaire annuel de base varie entre 100.000 et 115.000 dollars américains, soit entre 47 millions et 70 millions de francs CFA.

A ce salaire, sont associés plusieurs avantages tels que la voiture 4×4 de service, 3 billets d’avion business class Lagos-Londres-Lagos, le paiement de mon loyer, des allocations pour les études des enfants.

Ce poste peut s’avérer contraignant car parfois on travaille sous pression et au final, on a l’impression d’avoir travaillé en vain, pour rien. Mais d’un autre côté, outre les avantages pré-cité en termes de rémunération, ce poste confère une certaine importance dans l’entreprise, il donne l’accès au comité de direction et me fait ainsi bénéficier d’une forte exposition, visibilité.

Quelles sont les compétences requises, les qualités et aptitudes ?

Comme compétences, il faut pouvoir justifier de quelques années d’expériences en Finance et maitriser l’anglais. Après, il faut aussi se montrer perspicace, courageux et patient. Il faut savoir accepter la critique et le conflit quand cela s’avère nécessaire. Il faut aussi avoir un esprit de persuasion et un esprit critique poussé, être désireux d’apprendre et accepter la contestation.

Quelles ont été vos motivations pour ce type de métier (Finance, Gestion du risque) ?

D’une part, c’était une suite logique dans ma carrière. D’autre part,  je trouve que l’Afrique a surtout besoin de spécialistes financiers qui peuvent évaluer et structurer des financements dans le secteur de l’infrastructure. Ce constat est aussi bien valable pour les PME et PMI qui ont du mal à se financer auprès du système bancaire habituel.

Comment avez-vous fait pour trouver ce poste au Nigeria ?

J’ai fait du networking*, je me suis inscrit sur des sites spécialisés comme Linkedin ou Efinancialcareers, Afrisearch, etc. Je participais également aux forums de recrutement pour des carrières en Afrique.

Toutefois, pour mon poste actuel, j’ai été contacté directement par un chasseur de tête qui avait probablement vu mon CV sur un site online.

Comment se porte votre secteur d’activité selon vous?

Il est en plein boom car la demande d’infrastructures est en pleine croissance en Afrique.

Plus particulièrement au Nigeria, il y a du travail mais le problème est qu’il y a tellement de candidats que le marché devient très compétitif. 

Aussi, je ne conseillerais pas à quelqu’un d’y aller à l’aventure. L’aventure c’est bien dans des pays où si on se trompe, le revers de la médaille n’est pas trop violent. Or selon moi, en Afrique, mieux vaut ne pas s’être trompé.

Quel est votre avis concernant le fait d’envoyer ses enfants faire leurs études à l’étranger ?

Je pense que si on a les moyens de le faire, c’est la meilleure des solutions.  L’école en Afrique est mal équipée et prépare mal les étudiants aux réalités de l’entreprise.

En côte d’Ivoire par exemple, il y’a certains établissements qui étaient très bien réputés jusqu’au début des années 2000 (l’INP-HB entre autres). Mais aujourd’hui, je crois qu’il y’a tout à refaire. Alors en attendant que cela se fasse, il vaut mieux aller à l’étranger si on a les moyens financiers.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes lycéens pour bien choisir leur formation et orientation professionnelle ?

Je leur dirai de choisir une classe Prépa en France pour pouvoir ensuite intégrer une bonne école d’ingénieur ou le cas échéant de commerce. Puis clore leur cursus par un MBA dans une grosse université américaine ou suisse.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui sont actuellement au chômage, à la recherche d’un emploi ?

Je leur dirais de sans cesse continuer à postuler à des offres d’emploi. Elles n’ont rien à perdre, la situation ne peut être pire.

Il faut aussi qu’elles en parle autour d’elles et mettent à profit le networking, c’est très important.

Enfin, si elles peuvent se le permettre, qu’elles fassent une formation pour obtenir une double compétence ou se réorienter.

Que diriez-vous aux ressortissants de pays Africains qui après leurs études à l’étranger, préfèrent rester travailler dans leurs pays d’accueil, souvent par peur de ne pas trouver un emploi bien rémunéré en Afrique ?

Pour être honnête, je leur dirais de prendre de l’expérience en occident.

En effet, même aujourd’hui, il existe toujours en Afrique un complexe par rapport aux professionnels qui ont été formés et qui ont travaillés en occident. Cela se ressent fortement sur les salaires et les accès aux postes à responsabilités.

Au Nigeria par exemple, la vie coûte cher, les infrastructures (hôpitaux notamment) sont « limites ». Alors mieux vaut avoir un bon contrat, pour pouvoir s’offrir un cadre de vie qui en vaille la peine sinon cela pourrait être difficile.

Surtout ne pas rentrer à des postes juniors ou même de middle management. Il faut attendre de trouver l’offre « spéciale », si possible à des postes de direction.

IL N’Y A PAS D’URGENCE, ne vous précipitez pas sur la première offre surtout si vous êtes en poste.

***

N’hésitez pas à poster vos questions en commentaires si vous souhaitez en savoir plus.

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Big Four : signifie en anglais « Les 4 grands ». Ici, il s’agit des 4 groupes d’audit les plus importants au niveau mondial que sont : Deloitte, Ernst&Young, KPMG, PricewaterHouseCoopers.

* Mise en disponibilité : La mise en disponibilité est la situation du salarié qui cesse d’exercer son activité professionnelle pendant une certaine période. Il cesse de bénéficier de sa rémunération et de ses droits à l’avancement et à la retraite. La mise en disponibilité peut intervenir à la demande du salarié ou à l’initiative de l’employeur.

Networking : Le networking (ou réseautage social) consiste à nouer des relations sur le long terme avec un certain nombre de personnes clés, mais qui ne sont pas toujours des contacts professionnels. Il peut s’avérer décisif pour construire une carrière évolutive. Vous pouvez ainsi faire fructifier votre capital relationnel grâce à des amis, des membres de votre famille ou les sports collectifs que vous pratiquez. 

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