CHINE : A 25 ans, je travaille comme Analyste dans une banque d’investissement à Hong Kong

Rester à l’étranger ou Rentrer dans son pays d’origine?

2014Business Woman

Le choix n’est pas si évident, surtout lorsqu’on s’est enraciné dans le pays d’accueil. Plus le temps passe, plus l’on peut s’éloigner de l’idée de rentrer. Le cours de la vie reprend ailleurs, entre temps, la terre natale évolue.

Pour cette fois, nous avons choisi de présenter le point de vue d’une Gabonaise qui a fait ses études en France et qui travaille aujourd’hui en Chine.

– Genre : Femme

– Nationalité : Gabonaise

– Âge en 2015 : 25 ans

– Année d’arrivée en France : 2007

– Année départ de France : 2015

– Pourriez-vous présenter votre parcours de scolaire ?

Lorsque j’avais 3 ans, ma famille et moi avons quitté le Gabon nous installer au Sénégal. J’y ai fait toutes mes études, jusqu’à l’obtention de mon bac. Je suis restée profondément attachée à Dakar, même si je retournais au Gabon pendant les vacances d’été.

A 17 ans, mon bac en poche, j’ai quitté le Sénégal pour la France (Paris) où je souhaitais faire des études supérieures en relations internationales. Finalement, au bout d’un an, j’ai dû quitter cette école car, comme beaucoup de « grandes » écoles en France, elle ne délivrait pas de diplômes d’Etat. Or sans école reconnue par l’état, je n’avais pas droit à la bourse de l’Etat Gabonais.

C’est ainsi que je me suis inscrite à l’université Panthéon Assas en filière « Administration économique et sociale ». Mais cette fois, c’était la formation qui ne me convenait pas : enseignement trop confus, superposition de mathématiques et droit. Pour moi, c’était comme marcher sur deux pistes a la fois.

J’ai du me poser pour réfléchir longuement, notamment sur ce qui m’intéressait vraiment. Puis j’ai décidé de m’inscrire en LEA (Langues étrangères appliquées) aux assurances, toujours à l’université de Panthéon Assas. J’ai alors pu enfin passer les 5 années suivantes (jusqu’au Master 2 ou Bac+5) avec la tranquillité d’avoir trouvé ce qui me correspondait. En effet, j’apprenais l’Anglais et l’Espagnol appliqués au monde financier, mais aussi les civilisations propres à chaque langue…. ce fut un vrai régal!

– Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

Après quelques stages en France qui se sont bien passés, j’ai eu ma première expérience professionnelle au Gabon. Ô miracle ! En effet, j’avais eu la chance de tomber sur une entreprise avec une bonne ambiance générale et des collègues formidables avec qui je suis restée en contact.

Faut dire que la plupart du temps au Gabon, les opportunités d’emploi sont si fermées que cela mine les relations entre collègues et crée une atmosphère de jalousie, envie, méchanceté… Bref! un monde impitoyable où chacun fait passer ses propres intérêts avant le bien être commun. A vrai dire, sans le concours d’un de mes oncles, je n’aurais moi-même jamais pu obtenir ce stage…

Enfin, pour valider ma dernière année de Master, j’ai effectué un stage de 6 mois dans une banque d’investissement en France. Suite à cela, mon manager m’a proposé un poste d’analyste. Quelques temps après mon embauche, ma société a décidé de délocaliser à Hong Kong (en Chine) l’ensemble de mon service. J’ai donc été incluse dans le projet et j’ai dû passer au moins 5 entretiens au préalable. Bref, sans trop comprendre ce qui m’arrivait, j’étais dans un avion de la compagnie Cathay Pacific Airways, quittant la France après 8 ans pour m’installer à Hong Kong!

– Comment c’est d’être une Africaine à Hong Kong (dépaysement, ambiance, est-ce un pays raciste) ?

Arrivée à Hong Kong, j’ai eu la joie de constater que tout est à portée de main!

Mon titre de séjour « résident permanent »? Obtenu en 20 minutes! Oui, oui, vous pouvez oublier les 4 heures de file d’attente debout devant la préfecture, rien que pour obtenir la carte de séjour en France!

Côté boulot, il faut l’avouer, on bosse dur en Asie. Sans s’en rendre compte, on fait beaucoup d’heures supplémentaires, mais comme on dit, seul le travail paye.

– En quoi consiste votre travail d’analyste à Hong Kong ?

Mon team leader et moi sommes chargés d’installer l’activité, il y a donc beaucoup à faire : former l’équipe sur place, faire des rapports tout en continuant d’effectuer nos propres tâches quotidiennes ! C’est tout un challenge qui est d’ailleurs toujours en cours!

– Quelles motivations vous ont poussé à faire ce métier ou à choisir ce poste?

Je pense que c’est le métier qui m’a choisi. Mon stage concernait davantage la finance que les assurances (mon domaine initial de formation). Et voila le résultat !

Je reste quand même très satisfaite car j’aime l’idée d’être polyvalente et adaptable. Mes missions sont variées et je ne m’ennuie pas du tout.

– Par quels moyens avez-vous obtenu vos différents stages et emplois ?

En France, pour chaque entreprise où j’ai travaillé, j’avais envoyé des candidatures par mail puis passé des entretiens. Au Gabon, c’était avec le concours de mon oncle qui m’a trouvé le stage, même si j’avais eu à passer deux entretiens avant d’être acceptée.

– Quelle est votre rémunération et sous quelle forme?

Mon salaire est bien mieux que celui que j’aurais pu toucher en France, et de loin. Le seul hic, c’est qu’à Hong Kong, les loyers sont incroyablement élevés! Essayer de faire un tour sur des sites immobiliers Hong Kongais pour voir. Malgré cela, selon moi, tout est plus paisible qu’en France.

Autre davantage, la fiscalité y est très intéressante! Seulement, il n’y a pas de système de retraite en tant que tel. Qui dit pays capitaliste dit au revoir au social!

– Quelles sont vos conditions de travail? (disponibilité, horaires, contraintes, avantages…) 

Comme je disais tantôt, le travail à la Banque est très enrichissant, mais aussi épuisant parfois.

Malgré la charge de travail et le rythme soutenu, j’ai ce genre de collègues qui ne se prennent pas au sérieux. Y en a un, pour peu que je le regarde, tout devient plus léger tellement il est drôle! Pour la première fois de ma vie, je travaille avec une équipe venue de tous les coins de la planète, et ô miracle, il y a une autre gabonaise!!

– Quelles sont les compétences requises, les qualités et aptitudes ?

Le système asiatique attend de toi que tu règles chaque souci dans un laps de temps très court. Les conditions ne sont pas toujours réunies pour y arriver, et dans la vie en général, on ne peut pas aller plus vite que la musique.

On attend aussi de toi que tu fasses preuve d’endurance face aux heures qui passent. Plus tu restes longtemps après tes heures de travail, plus on considères que tu bosses dur. Mais tes heures supplémentaires ne sont pas payées, donc pour tes yeux fatigués, il ne te reste plus les glaçons et le concombres !

– Comment se porte votre secteur d’activité selon vous? (Y’a t il beaucoup d’entreprises dans ce secteur et dans le pays où vous résidez ? Beaucoup de recrutement? l’environnement économique du secteur…?)

Hong Kong est rempli de banques et d’établissements financiers de toutes sortes. Les opportunités d’emploi restent donc nombreuses.

– Quel est votre avis concernant le fait d’envoyer ses enfants faire leurs études dans les pays occidentaux (France, UK, USA… etc) ?

J’ai vécu ailleurs que dans mon pays d’origine. Je parle même mieux le wolof (langue nationale du Sénégal) que ma langue maternelle Gabonaise… (cela est sans doute lié au fait que j’allais au Gabon seulement pendant l’été).

Je pense donc que j’enverrai mes enfants dans le monde entier si je pouvais pour qu’ils apprennent ce que maman aura appris et surtout pour qu’ils soient ouverts, épanouis et libres. C’est extrêmement enrichissant de pouvoir se mêler à d’autres cultures, de voir les merveilles que le monde a à offrir.

– Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui sont en terminale ou qui viennent d’avoir le bac pour bien choisir leur orientation ?

C’est LA Grande question. Lorsqu’on est en classe de terminale, soit on a des rêves plein la tête, soit on est incertain sur son orientation.

Pour ma part, je voulais travailler dans la communication. Les orientations de mon entourage et du système éducatif m’ont fait dévié de ce cursus, et je ne le regrette pas non plus car dans ma profession, je fais autant de com qu’une personne qui travaille dans la communication!

Je pense honnêtement qu’il est bon pour les parents de discuter avec leurs enfants, de les guider sans leur imposer des choses.

Au Gabon, certains secteurs ne sont pas ou que très peu développés. Ce qui fait qu’on ne peut pas librement dire à ses parents qu’on veut être infirmier, mécanicien, ou restaurateur sans qu’ils aient un haut-le-coeur. Ils vont te poser des questions du genre: « tu vas travailler où avec ça?, Mais qui va t’employer pour faire ça?, Personne ne fait ça ici, donc comment vas tu faire? ».

Les mentalités au pays sont telles qu’on se sent obligé de rester dans un moule et font que si on ne travaille pas dans un « bureau », on considère que tu n’as pas vraiment réussi.

Rentrer dans le moule et faire taire sa passion, c’est le sort de bon nombre d’entre nous, malheureusement. Mais quel plus bel accomplissement que de réussir à faire ce que tout le monde pensait impossible?

– Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui sont actuellement au chômage, à la recherche d’un emploi ?

Beaucoup de membres de ma famille au Gabon sont au chômage. Pas parce qu’ils ne sont pas qualifiés mais parce qu’ils n’ont probablement pas le bras assez long. La corruption/ le pistonnage existent bien sûr dans tous les pays, et malheureusement chez nous, où on a très souvent l’impression que sans piston, on ne peut aboutir à rien.

Pour avoir un travail, bon nombre de gens sont acceptent d’être rémunérés à un niveau inférieur à leurs diplômes. D’autres sont obligés de postuler dans la fonction publique et se voient limités au rangement de dossier, au Kongossa (ragots), à se battre pour avoir des primes, à ne pouvoir s’acheter des vêtements et accessoires qu’à crédit sur plusieurs mois, à s’endetter pour régler leurs précédentes dettes.

Franchement, honnêtement, je ne sais pas quoi dire à quelqu’un qui cherche de l’emploi au Gabon. J’y serai probablement moi-même confrontée en retournant vivre chez moi.

J’applaudis d’autant plus ceux qui se donnent les moyens de ne pas attendre d’être un jour embauchés mais qui créent leurs propres emplois. Je connais ainsi plusieurs personnes qui s’en sont sorties en créant leur propre activité : photographie, commerce, création de ligne société de vente de vêtements…

Quand je leur demande comment ils font, ils me répondent : « on ne peut pas s’endormir dans un fleuve qui dort, de peur de se noyer quand le fleuve se jettera a la mer ». Je vous laisse l’interpréter comme il vous plaira.

– Que diriez-vous aux ressortissants de pays Africains qui après leurs études à l’étranger, préfèrent rester travailler dans leurs pays d’accueil, souvent par peur de ne pas trouver un emploi bien rémunéré en Afrique ?

C’est une autre grande question. Pour ma part, je souhaite rentrer chez moi.

Durant mes 25 ans de vie, je n’ai passé que 3 années pleines au Gabon. Pourtant quand j’y retourne en vacances, je deviens une autre personne : je deviens moi-même, je me sens profondément gabonaise, malgré les racines que j’ai pu planter dans de nombreux autres pays du globe.

Je pense donc qu’il faut travailler à l’étranger, bien épargner, et puis rentrer chez soi. Pour la dernière étape (le retour), il ne faut pas compter que sur ses économies. Elles sont toujours meilleures quand elles se renouvellent. Il faut donc ramener chez soi les bonnes choses qu’on n’y trouve pas.

Moi par exemple, au Gabon, je ne trouve pas de compagnie aérienne nationale. Fatima Beyina Moussa* étant l’un de mes modèles, et si on faisait comme elle?!!! On ne donnerait plus autant d’argent à Air France, et on serait si heureux de voir le vert, le jaune et le bleu danser notre ciel chéri!!!!

***

* A 41 ans, Mme Fatima Beyina Moussa est la directrice générale de la compagnie aérienne ECAIR (Equatorial Congo Airlines). Elle a commencé sa carrière à 26 ans dans le cabinet d’audit Ernst & Young, qui s’est ensuite poursuivie à la BEAC (Banque des Etats d’Afrique Centrale), au PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) et au cabinet du ministère des finances congolais.

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