FRANCE : J’ai voulu devenir Psychologue dans l’optique d’exercer plus tard au Togo

Rester à l’étranger ou Rentrer dans son pays d’origine?

bw conseil

Le choix n’est pas si évident, surtout lorsqu’on s’est enraciné dans le pays d’accueil. Plus le temps passe, plus l’on peut s’éloigner de l’idée de rentrer. Le cours de la vie reprend ailleurs, entre temps, la terre natale évolue.

Cette fois, nous avons choisi de présenter le point de vue d’une personne qui a grandi au Togo et qui a poursuivi ses études supérieures de psychologie en France où elle travaille aujourd’hui comme conseillère d’orientation psychologue.

– Genre : Femme

– Nationalité : Togolaise / Française

– Âge en 2014 : 29 ans

Pourriez-vous présenter votre parcours de scolaire et professionnel ?

J’ai suivi ma scolarité au Togo, jusqu’à l’obtention du Baccalauréat D correspondant à la série Scientifique, avec les options Maths et SVT*. C’était en 2004.

J’ai ensuite émigré dans le Sud de la France où j’ai poursuivi mes études supérieures jusqu’à l’obtention de mon Master 2 (bac+5) de Psychologie de l’Enfant et de l’Adolescent en 2010.

Entre ces deux diplômes, j’ai préparé deux DU** me permettant de me spécialiser d’une part, en psychothérapie transculturelle (complémentarité entre l’anthropologie et la psychanalyse), et d’autre part en prise en charge de la jeunesse en difficulté dans le cadre de la Protection Judiciaire de le Jeunesse.

En parallèle de ma formation, j’ai réalisé différents stages notamment en Crèches, en structures de la protection de l’Enfance et de la famille et en structures pédopsychiatriques.

Enfin, depuis janvier 2011, je travaille comme conseillère d’orientation psychologue (ou « copsy ») dans l’éducation nationale.

* L’acronyme « SVT » fait référence à la matière « Sciences de la Vie et de la Terre », communément appelée « Sciences naturelles ».

** En France, l’acronyme « DU » fait référence aux diplômes appelés « Diplômes d’Université ». Contrairement aux diplômes nationaux ou diplômes d’Etat que sont la Licence, le Master, le Doctorat (système LMD), le DU est un diplôme propre à l’université qui le délivre. Chaque université gère ses DU en toute autonomie (critères d’accessibilité, durée de la formation, frais de scolarité, modes d’évaluation).

Pourquoi avoir choisi la filière de la Psychologie ?

Depuis toute petite, je m’intéressais aux enfants, je cherchais à comprendre leur manière de penser en m’occupant et discutant avec eux. Lorsque j’étais au cours primaire, je rêvais de devenir infirmière pour les soigner ou religieuse pour m’occuper d’eux dans les orphelinats-pouponnières. Puis au lycée, je me suis découvert une passion pour la physiologie. J’ai alors envisagé d’exercer plus tard en pédiatrie, avant de me rendre compte que ce n’était pas la relation de « médecin-patients » que je recherchais auprès des enfants.

Je me rappelle que quand je tentais d’expliquer ce que je voulais faire à mon père, il me répondait avec un air désabusé en ethnie ÉWÉ « Ébé yé anô féfém na déviwo kôa évôa ? »(rires) ce qui signifie « Tu comptes jouer avec les enfants toute ta vie quoi?»

A force de recherches sur internet, on a découvert via les sites d’universités françaises, deux métiers qui se rapprochaient le plus de mes aspirations : Psychologue ou Educatrice. En tant que psychologue, on peut travailler sur le développement intellectuel et affectif, ce qui je recherchais justement. C’est donc cette formation dispensée en France que j’ai choisi de faire, dans l’optique de revenir exercer au Togo. J’étais en classe de 1ère.

J’ai alors effectué des petits stages au sein d’une ONG pendant mes vacances scolaires, et cela m’a conforté dans mon choix. Bien sûr, le doute et les commentaires concernant ce projet n’ont pas manqué. Pour mes camarades, c’était juste pour avoir un visa d’étudiant facilement et changer d’UFR après mon arrivée en France. Certains adultes ne comprenaient pas mon choix car pour eux, le psychologue n’avait pas sa place dans notre société (africaine), les gens se confiant plus facilement aux personnes considérées comme sages (aînés, chef de famille, parents). Et enfin, pour d’autres, plus sensibilisés à ce genre de sujets (ONG etc…), je m’engageais vers un métier noble.

Aujourd’hui, je suis vraiment reconnaissante envers mes parents et ces personnes qui m’ont encouragé et conseillé à poursuivre dans cette voie professionnelle qui correspondait à mes aspirations alors qu’elle était encore mal perçue dans mon pays.

Comment s’est passée votre intégration en France ?

Dans l’ensemble, tout s’est passé pour le mieux, grâce notamment à l’appui de ma famille élargie résidant déjà en France. Après, quoiqu’on dise, on rencontre tous des difficultés quand il s’agit de s’intégrer dans un nouvel environnement. Pour moi, ces difficultés on été principalement de deux ordres.

Tout d’abord, il ne m’a pas été évident de comprendre les codes sociaux des jeunes français de ma génération. Je me sentais plus à l’aise avec les gens de la génération qui précède la mienne car je les trouvais plus posés.

Ensuite, il m’a fallu faire face aux préjugés contre lesquels tout étranger se bat au quotidien. Par exemple, lors de mes stages en France ou quand je venais d’être embauchée comme conseillère d’orientation, certains parents me posaient des questions du genre « Oh vous avez un petit accent ! des îles je suppose ? Avec vos études là-bas, le mileu professionnel d’ici n’est pas trop dur pour vous ? » Quand je leur apprenais que j’avais obtenu tous mes diplômes supérieurs en France, ils me répondaient d’un air étonné « Aaaah ça signifie que vous avez pu suivre les enseignements Français !?! Vous avez l’habitude de nos gamins alors !?!

Comment avez-vous fait pour être embauchée ?

J’ai commencé à postuler avant ma soutenance de fin d’étude de Master 2. C’est ainsi que j’ai répondu de manière classique (Curriculum Vitae + Lettre de motivation) à une liste d’offres d’emploi publiées au centre de documentation de l’Université de Bordeaux. Par la suite, mon recrutement a suivi le processus habituel : mails envoyés, contact téléphonique du recruteur qui m’a reçu en entretien, et enfin entretien de préparation avec une de ces collègues de par mon initiative.

Concrètement, en quoi consiste votre métier de conseillère d’orientation psychologue ?

Mes missions sont variées. Elles s’étendent de la réalisation de bilans psychologiques aux conseils sur l’adaptation et l’orientation scolaires auprès de collégiens/ lycéens et des parents. Je participe également à l’élaboration et la mise en place de projets pédagogiques spécialisés. Tout cela s’organise dans le cadre d’un travail de réflexion en équipe pluridisciplinaire mais également en partenariat avec les services sociaux et les réseaux scolaires.

Mes semaines de travail se répartissent entre le Centre d’Information et d’Orientation (CIO) et deux établissements scolaires (Collège et Lycée). Il y’a donc plusieurs déplacements dans la semaine. Mes horaires sont modulables et je dispose d’une journée pour approfondir le travail de recherche personnel et participer aux formations.

Ce métier exige beaucoup d’écoute, une capacité à élaborer des stratégies prenant en compte les exigences définies dans les circulaires ministérielles et départementales ainsi que les besoins de l’élève et de sa famille.

Quelles ont été vos motivations pour ce métier de conseillère d’orientation psychologue ? Cela entre-t-il en adéquation avec le métier de Psychologue ?

J’ai choisi la psychologie pour
comprendre les enfants, suivre leur développement et palier aux carences que ne compensent pas la médecine et l’éducation : leur apporter une solution au plus près de la dynamique et de l’évolution psychique.

Aujourd’hui, je n’exerce pas encore effectivement cette profession. Cependant, en tant que copsy, je fais appel à mes compétences de psychologue notamment pour réaliser les bilans psychologiques ou pour orienter les élèves porteurs d’un handicap intellectuel.

Pensez vous que les Africains sont à envoyer leurs enfants consulter des psychologues?

Au Togo en tout cas, les gens commencent à envoyer leurs enfants en consultation. Par ailleurs, dans le milieu médical et celui de la protection de l’enfance, le métier de psychologue est reconnu.

Quel est votre avis concernant le fait d’envoyer ses enfants faire leurs études à l’étranger ?

Même si je déplore le fait de ne pas pouvoir suivre des études supérieures de qualité raisonnable dans nos pays, j’y suis tout à fait favorable.

Cependant, il est primordial que les enfants ainsi que les parents sachent apprendre de l’autre dans le respect son intégrité, sans tomber dans toute forme d’aliénation. Nous devons rester fiers de notre culture, de nos pays, de qui nous sommes.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes lycéens pour bien choisir leur formation et orientation professionnelle ?

Je leur dirais trois choses :

  • Il faut s’engager dans une filière qui leur laisse un grand éventail d’opportunités d’études ;
  • Le parcours scolaire est une affaire individuelle avant tout ;
  • Il faut choisir des études ou des formations professionnalisantes au plus près de leurs aspirations tout en restant réaliste.

 

QUELS CONSEILS DONNERIEZ-VOUS AUX PERSONNES QUI SONT ACTUELLEMENT AU CHÔMAGE, À LA RECHERCHE D’UN EMPLOI ?

Je leur demanderais de tout faire pour garder leur enthousiasme afin d’être toujours disposé à saisir les opportunités. Pour le reste, je pense que le pôle emploi saura mieux les conseiller.

 

Que diriez-vous aux Africains qui après leurs études à l’étranger, préfèrent rester travailler dans leurs pays d’accueil, souvent par peur de ne pas trouver un emploi bien rémunéré en Afrique ?

Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de rentrer dans nos pays d’origines, lorsqu’on en a l’opportunité.

Mais avant tout retour, il faut s’assurer d’avoir une vision nuancée et réaliste de la France et de son pays d’origine car il faut se rendre à l’évidence, le retour au pays est en quelque sorte une deuxième migration. En effet ni le système, ni les personnes ne sont restés en l’état comme au moment de notre départ. Il faudra donc prévoir de s’adapter à un nouvel environnement ou plutôt à notre nouvelle manière de voir et appréhender les systèmes de notre pays d’origine.

Et vous, pourquoi n’êtes vous pas rentrée en Afrique après l’obtention de vos diplômes ?

J’ai choisi de rester en France quelques années afin de monter en compétences à travers des expériences concrètes, et de me constituer un capital financier pour préparer mon retour au pays. Mais à terme, je souhaite toujours rentrer dans mon pays d’origine pour exercer dans une ONG par exemple.

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N’hésitez pas à poster vos questions en commentaires si vous souhaitez en savoir plus.

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