AMERICANAH : On a tous un peu d’Ifemelu en nous

Snif snif sniiiiiiifff !!! je suis triste ce soir. Je viens de terminer les 685 pages du roman de Chimamanda Ngozi Adichie : « AMERICANAH ».

Pour la petite histoire

J’ai acheté ce livre à la fnac, alors que j’étais allée acheter le livre « le monde s’effondre » de l’auteur Africain Chinua Achebe. Un proche venait de me faire découvrir sur wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_100_meilleurs_livres_de_tous_les_temps) la liste des « 100 meilleurs livres de tous les temps » et j’y avais vu le roman « Le monde s’effondre ». Or je ne l’avais lu, aussi étonnant que cela puisse paraître (vu que ce livre est étudié au lycée, dans le système éducatif Ivoirien, et est très célèbre – m’en suis-je rendue compte). Malheureusement, ce jour-là à la fnac, Chinua n’était pas en rayon, il me fallait le commander sur internet et donc me trouver un livre pour patienter. C’est alors que je suis tombé sur « Americanah » dont le nom de la célèbre auteure m’a attiré. L’extrait ainsi que le résumé affichés sur la 4ème page de couverture finirent de me séduire.

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Mes impressions

Ce fut long, j’ai mis près de 6 mois à le lire, mais ce n’est pas lié à l’intérêt que je portais au livre. C’est plutôt que je prenais plaisir à faire durer le plaisir, et qu’il faut le reconnaitre, l’auteur avait beaucoup de choses à dire ! En 685 pages et 6 mois donc :

  • J’ai voyagé du Nigéria aux Etats-unis en passant par l’Angleterre,
  • J’ai revécu mes années de lycée en Afrique, puis mes années de fac en Occident et enfin mon premier retour en Afrique après des années à l’étranger (les africains expatriés se reconnaitront amplement),
  • J’ai ri de ses remarques sur lorsqu’elle découvre les différences entre la vie réelle en Occident et l’idée qu’on s’en fait étant en Afrique, quand ses amis du pays se moquent de son accent purement africain qu’elle a conservé malgré ses années à l’étranger, quand elle se rend compte du manque de finitions dans le travail des hommes à tout faire (maçon, plombier…) et qu’elle doit « jouer » un rôle (celui de « grande dame », de « beinguiste » en quelque sorte, parce que finalement c’est ce que la société attend d’elle. Quand dans un restaurant huppé, elle insiste pour avoir des frites de (vraies) patates et non de surgelés, et que le serveur ne comprend pas qu’elle préfère le naturel (rétrograde selon lui) aux surgelés made-in-Occident !
  • J’ai pleuré avec elle quand elle rencontrait des difficultés pour trouver du travail, pour s’intégrer dans sa 1ère université, quand il se faisait rapatrier, quand ils se sont perdus de vue par la force des choses, lorsqu’ils se sont retrouvés et en imaginant la force qui les liait malgré tout,
  • Je me suis retrouvée en elle : vivre à l’étranger nous change, le retour au pays est dur surtout quand on constate que les choses évoluent sans nous (on a l’impression qu’on a raté tellement de choses, on se rend compte du temps qui s’est écoulé), on se forge un caractère, on s’affirme (surtout en Occident où pour survivre, il faut que tu t’exprime, toujours, que tu ne te laisse pas marcher sur les pieds… (et cela commence dès le métro – rires) alors qu’en Afrique, on nous apprend à nous taire, à garder tout pour soi. Il y’a aussi cette dualité qu’on se découvre : on reste africain tout en devenant aussi occidental, on n’est plus l’un ni l’autre, on est apatride, le regard critique que nous portons sur notre ancien monde, sur nos parents qui ont vieilli tout en s’avérant être des enfants émerveillés lorsqu’ils mettent les pieds en Occident, 
  • J’ai retrouvé beaucoup d’entre nous : de l’hypocrisie, du m’as-tu-vu surtout au pays;
  • J’y ai lu mes propres espoirs, notamment ceux de rentre un jour chez moi, de pouvoir y vivre de mon propre travail, libre et indépendante, de pouvoir y élever mes enfants selon l’éducation que j’ai reçue, d’y retrouver les plats que j’adore, de me réveiller en entendant les cris des oiseaux bien que je sois en pleine ville, de sentir la chaleur et la moiteur (même si je sais que je réfugierai bien vite dans un endroit climatisé).

Bref ! J’ai adoré ce livre et pris beaucoup de plaisir à le lire. Bien sûr, pour qu’il soit aussi long, il y’ a forcément des parties auxquelles vous accrocherez beaucoup moins que d’autres. Mais dans l’ensemble, il s’agit :

  • d’un roman plein de poésie
  • sur la vie d’Ifemelu, une jeune femme, africaine, amoureuse, curieuse, impétueuse, pleine d’espoirs,
  • sur la vie d’Obinze, un jeune homme, africain, amoureux, placide, rêveur, ambitieux,
  • sur la réalité de la vie en Afrique, quand on y vit en tant que locaux et quand on y vit en tant qu’immigré de retour,
  • sur la réalité de la vie à l’étranger pour les immigrés africains d’Afrique,
  • sur l’Amour qui lie deux êtres malgré le temps, les amours (avec petit a), les affres de la vie,
  • sur les sacrifices, les humiliations et les combats qu’on doit accepter de faire pour grandir, pour réussir et pour être heureux (sachant que ceux permettant de réussir ne permettent pas forcément de connaitre le vrai bonheur).

Finalement, Ifemelu, c’est un peu un arrêt sur images, une observation continue du monde qui nous entoure tout en essayant de distinguer la réalité et des faux semblants, aussi bien dans la construction, la recherche du Moi que dans nos relations avec les autres (professionnelles, amoureuses, familiales). Bref ! Voilà, je vous le conseille donc vivement. Un beau livre riche en émotions.

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9 réflexions sur “AMERICANAH : On a tous un peu d’Ifemelu en nous

  1. Grâce Minlibé dit :

    Coucou ! Moi, j’ai bien aimé même si je l’ai trouvé trop long. On a à peu près les mêmes impressions sur le livre. J’ai beaucoup aimé Curt, le personnage secondaire.

      • Une Africaine A Paris dit :

        Hi hi hi c’est drôle. Quand je lis les adjectifs que tu utilise pour le qualifier, cela sonne plus négatif que positif, comme s’il manquait de personnalité, de caractère, de virilité…

        Je l’ai trouvé un peu trop enfant et superficiel. Mais comme dirait l’autre : « il faut de tout pour faire un monde » 🙂

        Ma préférence est tout bêtement pour Obinze :
        – il a une force Africaine qui me fait beaucoup penser à Ebinto (des frasques d’Ebinto de l’auteur Amadou Koné),
        – j’aime son côté discret et introverti qui me donne envie de le découvrir davantage, qui attise l’intérêt,
        – et je trouve que la beauté de l’homme réside avant tout dans le fait qu’il est cultivé, respectueux des femmes et gentleman.
        Atalaku pour Obinzé hein!!! :p

  2. lecactussahelien dit :

    Belle chronique, je n’entends que du bien sur ce livre, je pense que je vais bientôt sauter le pas.

    Sinon le « monde s’effondre » est un classique parmi les classiques pour moi, essaie de te le procurer, nul doute que tu n’en seras pas déçue ! 😉

  3. Soussou dit :

    Une analyse très pertinente de ce livre…J’adore son style d’écriture on se retrouve tous dans ce bouquin. Je conseille aussi

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