MIAMI : je rêvais de voler et je l’ai fait !

Pour cette fois, nous avons choisi de présenter le point de vue d’une jeune femme Congolaise, qui a fait ses études aux Etats-Unis où elle travaille désormais comme agent d’opérations et sûreté aéroportuaire.

– Genre : Femme

– Nationalité : Congolaise

– Âge en 2017 : 28 ans

 

Parlez-nous de votre parcours.

Je suis née au Congo où j’ai vécu jusqu’à mes 7 ans. Ensuite, nous sommes allés vivre au Gabon pendant 9 ans. Puis nous nous sommes rendu au Togo où j’ai vécu 2 ans au Togo et obtenu mon Bac (S) série Scientifique, option Mathématiques. Après l’obtention de mon Bac, j’ai fait un an de cours d’anglais à New-York City, USA.

Aux Etats-unis,j’ai passé et obtenu :

  • mon Bachelor en Sciences en Aviation, option « Opérations en aviation » à la St. Cloud State University, située dans la ville de St-Cloud dans l’état du Minnesota. 
  • puis en 2014, mon Master en Sciences Aéronautiques avec une spécialité en systèmes de sûreté, préventions d’accidents et facteurs humains à la Embry-Riddle Aeronautical University, au campus satellite de Miami (Floride).

En parallèle, j’ai obtenu ma licence de Pilote Privé.

De plus, au cours de mes études, j’ai fait deux stages :

  • après mon Bachelor : un stage en management des aéroport à l’aéroport Gerald R. Ford International Airport situé dans la ville de Grand Rapids, dans l’état du Michigan. 
  • après mon Master : un stage en sûreté aéroportuaire à l’aéroport de Fort Lauderdale Hollywood International Airport de Miami.

A l’issue de mon second stage,j’ai été recrutée à un poste permanent d’agent d’opérations et sûreté aéroportuaire où j’y travaille depuis un plus plus de 2 ans aujourd’hui. Cela fait maintenant près de 10 ans que je réside aux USA.

 

Pourquoi ce choix de formation et de métier ?

J’ai su que je voulais devenir pilote depuis le lycée à Libreville (Gabon). L’envie m’est venue quand chaque 1er Mai, lors des célébrations de la fête du travail, j’assistais à la journée Portes Ouvertes du Camp De Gaulle à Libreville. Des aéronefs militaires y étaient exposés et des sauts en parachute étaient proposés. C’était un grand festival et tout cela m’a donné envie de piloter des avions.

La première fois que j’en ai parlé à ma famille, j’étais en classe de 3ème. Ils ne m’ont pas vraiment pris au sérieux parce qu’avant cela, j’avais dit que je voulais être athlète professionnelle, puis architecte ! (rires) Mais j’ai tellement insisté qu’ils ont fini par comprendre. Bien qu’ils aient été surpris par mon choix peu commun, mon père m’a encouragé et beaucoup aidé dans mes recherches pour des écoles. J’avoue avoir été très effrayée par les frais de formation mais Dieu merci mes parents ont eu les moyens de me soutenir sur ce plan également.

L’école d’aviation de Toulouse en France a été mon premier choix mais ils n’acceptaient que les européens. Je me suis donc tournée vers les Etats-Unis. En attendant de me décider sur la direction finale à donner à ma carrière, j’ai continué mes cours de Bachelor et le pilotage en parallèle. Mais plus je volais, et plus je me rendais compte que je préférais davantage en faire un hobby qu’une carrière. D’ailleurs, pour être pilote, il n’y pas besoin de diplômes, il faut « juste » accumuler les heures de vols nécessaires. 

Mon premier stage dans un aéroport  m’a aidé à confirmer ma préférence pour le domaine de la sûreté et les opérations aéroportuaires. J’ai donc continué les vols en passe-temps et décidé de poursuivre mes études supérieures par un Master.

 

Quelles sont vos missions au quotidien en tant qu’agent de sûreté aéroportuaire ? Quelles sont les compétences requises, les qualités et aptitudes ?

En tant qu’agent de sureté aéroportuaire, mes principales missions sont :

  • de faire des inspections du domaine aérien de l’aéroport (incluant l’espace tarmac et les pistes d’atterrissage),
  • de maintenir et faire respecter les règles de la FAA (Federal Aviation Administration), l’organisme régulateur de l’aviation civile aux Etats unis. Ce qui inclut beaucoup d’aspects tels que la « mitigation » des risques causés par les animaux sauvages autour de l’aéroport, la formation et l’encadrement de nos « locataires » (les compagnies aériennes et autres) sur l’utilisation des lieux et la conduite à suivre sur le tarmac notamment en termes de sécurité et surtout de sûreté.

Nous devons maintenir notre certificat commercial d’opérations en tant qu’aéroport qui gère des avions d’un certain nombre de passagers. Nous sommes ainsi contrôlés annuellement par la FAA. Mon rôle au final, c’est d’agir en qualité d’inspecteur ou auditeur interne pour prévenir et corriger afin que l’inspection de la FAA ne remonte aucun problème.

 

Quelle est votre fourchette de salaire actuelle ?

Entre $51,000 et $80,000 par an. A cela s’ajoutent plus certains avantages sociaux du personnel (assurance santé, plan de retraite, congés payes) liés au fait que je suis employée rattaché au gouvernement local du comté de Broward, en Floride.

 

Votre formation a-t-elle coûté cher ?

Les études en aviation coutent cher il faut le reconnaitre. J’ai pu faire mon Bachelor, mon Master et mes cours de pilotage grâce à mes parents. Pendant mes années de Master, j’ai aussi obtenu une bourse du Congo qui couvrait uniquement le loyer et la nourriture (pas les frais scolaires)…le seul hic c’est que l’argent venait en retard donc je pouvais pas toujours compter dessus. Mes parents étaient vraiment mes sponsors.

Pour le Bachelor : 120 unités de valeur (en moyenne, 3 crédits correspondent à 1 matière). Chaque crédit coûtait $620 pour les étudiants étrangers à la St Cloud State University (Minnesota). Au total, on aboutit à $74,400. Heureusement, mon université offrait une bourse culturelle aux étudiants étrangers qui permettait de réduire de moitié ces frais. Au final, mes parents ont assumé la moitié, soit environ $37,200. J’ai obtenu mon di en 3 ans et demi, à raison de 18 unités de valeur (6 matières) par semestres (j’en ai repassé certaines). Pour information, un étudiant étranger doit obligatoirement suivre des cours à temps plein, donc par semestre nous devions nous inscrire à au moins 12 unités et au maximum 21 unités .

Pour le Master : 36 crédits à condition de posséder un Bachelor de 120 unités de valeur minimum. Dans mon université, 1 unité du Master coûtait $500 aussi bien pour les étudiants étrangers que nationaux. Soit au total $18000.

A cela, s’ajoutent les cours de pilotage à raison de $170/heure. Sachant que pour obtenir la licence de pilote privée, il faut avoir un minimum de 45 heures de vol mais moi, il m’a fallu environ 100 heures de vol avant de l’avoir. Aujourd’hui, j’ai 190 heures à mon actif.

 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de votre parcours et comment les avez-vous surmontées ?

Le premier défi était la langue anglaise : mes cours à la fac, ceux de pilotage, apprendre tous les termes techniques directement en Anglais alors que je n’avais même pas le simple permis de conduire ! (rire) Ensuite, les sciences physique aussi : j’ai d’ailleurs dû passer cette matière deux fois pour valider ma première année. Puis le changement culturel : s’adapter aux américains dans in état à 85% blanc le Minnesota. Je n’ai pas eu d’expérience raciste mais des amis africains s’en sont plaints.

Mais en face de ces difficultés, je ressentais une certaine fierté de savoir que sur les 200 élèves du département d’aviation de l’université, il n’y avait que 10 filles à peu près. J’étais très souvent la seule fille dans ma classe, de surcroît la seule noire. Mais tout se passait bien, je ne m’en rendais finalement presque plus compte. 

J’ai aussi fait pleins de choses nouvelles pour moi : pêcher, piloter, skier. Je suis allée dans des plantations de fraises, de pommes, j’ai vécu plein d’expériences. Je me suis enrichie d’une autre culture : le fait d’être dans une petite ville de 50,000 habitants dans le Minnesota m’a vraiment mis en plein dans la culture américaine même. Dans mon université, nous représentions la diversité, c’était beau car on leur a aussi appris beaucoup de choses. Du coup, cela m’obligeait à en savoir plus sur le Congo pour pouvoir mieux répondre aux questions des gens.

Enfin, et non des moindres : le soutien de ma famille qui m’a aussi énormément apporté. Dans ma famille, nous avons tous un esprit battant.Mon père a eu des coups durs tout au long de sa carrière mais il s’est toujours relevé et a continué. Ma mère dit toujours qu’elle n’a pas fait de longues études (elle est pourtant comptable de formation) et qu’elle a du faire beaucoup plus d’efforts que nous pour arriver où elle est. Avec ces deux la, abandonner n’a jamais fait parti de notre vocabulaire. Ils nous encouragent à fond, sont parfois très durs. Et quand on échoue, ils ne nous condamnent pas mais nous aident à nous relever, c’est tellement beau et inspirant. A chaque examen, chaque challenge, tout le monde priait pour moi et me soutenait de près ou de loin. Avec une famille pareille, je ne pouvais qu’aller de l’avant.

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui aimeraient aussi faire comme toi ? 

Ce que j’ai fait a d’abord été possible grâce au soutien aussi bien financier que mental et spirituel que j’ai eu autour de moi. Mais il y’a aussi la préparation, savoir ce qu’on veut et ne pas fuir la difficulté.

Il faut aussi très bien s’informer sur les couts et ne pas se jeter dans des dépenses sans être prêt. Les études en Amérique coutent très cher, mais il y’a des bourses, il y’a des écoles dans les petites villes où on peut mieux se concentrer et finir vite. Les grandes villes ne sont pas toujours le meilleur choix.

Enfin, il faut savoir et ne surtout pas oublier d’où l’on vient. Toujours prendre le meilleur des gens autour de soi, seulement le meilleur, pas tout! Pour cela, il faut être fort d’esprit et ne pas se compromettre par rapport aux multiples choix que le monde nous offre. Je suis Chrétienne et je sais me tenir sur les principes que j’ai appris depuis toute petite. J’ai appris à rester moi-même tout en respectant les autres.

 

Que pensez-vous des Africains qui après leurs études à l’étranger, préfèrent rester travailler dans leurs pays d’accueil, souvent par peur de ne pas trouver un emploi bien rémunéré en Afrique ?

D’un côté, je pense que l’Afrique paye bien dans certains domaines (surtout dans le secteur privé) et qu’il y’a donc moyen de très bien s’en sortir en vivant en Afrique. J’ai des amis et de la famille qui travaillent en Afrique, et qui se permettent des vacances ici. D’un autre côté, je pense également que c’est légitime de penser à soi et aux siens d’abord, et donc je peux comprendre tout à fait ceux qui n’osent pas rentrer au pays.

 

Et vous, envisagez-vous rentrer dans un pays Africain un jour ?

Oui, cela ne me déplairait pas du tout. Dans mes objectifs, je n’avais jamais eu en tête de rester vivre ici. Mais je tiens aussi compte du fait que j’ai passé 10 ans ici, le plus long séjour à l’étranger de toute ma vie (rire). Donc mon retour ne peut se faire en une baguette magique. Par exemple, l’an dernier, je suis allée en vacances au Togo et il m’a fallu une semaine entière pour me réadapter. 

Mon domaine de travail étant dans le secteur privé en Afrique, je pense qu’il me sera plus facile d’y trouver du travail.

Je n’ai pas encore entamé à proprement parler des recherches d’emploi au Congo, mais je compte sérieusement m’y mettre et pouvoir y retourner d’ici 2018/2019.

***

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2 réflexions sur “MIAMI : je rêvais de voler et je l’ai fait !

  1. laromantiquenoire dit :

    Bonjour ! Quand je lis ces propos, je me demandes comment se fait il que j’ai été moins aussi peu ambitieuse et mature à ton âge. Tu as su très vite ce que tu voulais et qui tu étais, tu ne t’es pas laissé distraire. Tu as su t’accrocher aux bons rochers : Dieu, ta famille et la personne que tu es. Rien à ajouter ! Bel exemple !

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